jeudi 4 septembre 2008

Victoire pour UNE ASSOCIATION CHALONNAISE
« Les parents de ftus nés sans vie pourront mieux faire leur deuil »

 

 

«L'enfant sans nom » s'est battue, avec d'autres associations, pour faire évoluer la loi. En se gardant bien de vouloir remettre en cause le droit à l'avortement.
J'ai perdu trois bébés. » Nathalie (*) assène cette vérité avec simplicité et franchise et tient à parler de « bébés », «d'enfants » même si les ftus qu'elle a portés n'étaient pas viables car nés trop tôt. Après s'être longtemps tue, la jeune femme a tenu à témoigner, comme bon nombre d'autres parents endeuillés, sur le site internet de «L'enfant sans nom » association chalonnaise créée en 2000 par Sophie Helmlinger dans le but de «briser le silence autour d'un tabou dans notre société. » Tabou qui consistait à «nier l'existence d'un enfant né mort avant six mois de gestation. »

«J'ai cru devenir folle »;
C'est le 27 août 1994 du côté de Valence que Nathalie perd son premier bébé à 21 semaines et 5 jours de gestation : «J'étais en vacances et j'ai simplement accouché trop tôt. J'ai été prise en charge à l'hôpital, mais j'ai vite compris qu'il fallait que je fasse comme si rien ne s'était passé, qu'on me demandait de tourner la page tout de suite. On m'a dit : «Vous êtes jeune, vous en referez un autre !» J'ai su par inadvertance que c'était une fille et qu'elle était normale. Mais j'ai cru qu'elle partait dans un sac-poubelle avec les déchets hospitaliers. Personne n'a pris la peine de m'expliquer. Je souffrais terriblement. Il fallait que je fasse le deuil de rien. » Devant ce déficit de compassion et de prise en charge psychologique, Nathalie se retrouve bien démunie : «Surtout que l'on m'a placée dans une chambre à côté d'une femme enceinte de 7 mois. Quel manque de tact !» La jeune femme estime qu'on ne lui a pas permis de faire son deuil : «Avec mon mari, on a donné un prénom à notre petite fille. Mais nous n'en avons parlé à personne. » En 1997, le même dramatique scénario se reproduit à Chalon : «Cette fois la sage-femme m'a annoncé que j'allais perdre mon bébé, que ça allait être dur. On m'a proposé de choisir un prénom. Il y avait de l'empathie. On m'a expliqué qu'on ne mettrait pas mon bébé avec le reste des déchets. J'ai pu apercevoir ma petite crevette quelques instants. L'image de ce bébé nu, pas préparé, était assez abominable. » Le personnel de l'hôpital veut bien faire et prend des photos au Polaroid : «Pour ma petite fille, j'avais juste une échographie. Là, j'ai eu des photos horribles, des photos que je ne pourrai jamais montrer. J'ai cru devenir folle. »

Besoin de reconnaissance;
Trois mois plus tard, Nathalie est de nouveau enceinte : «J'ai mis toutes les chances de mon côté. Je suis restée allongée, à l'hôpital, j'ai pris des médicaments. J'étais prête à tout. » Rien n'y fait. Nathalie dont la maman a pris du Distilbène pendant sa grossesse doit se résoudre à perdre ce bébé. À 22 semaines. «Mieux préparés à ce qui nous attendait, nous avons demandé à pouvoir apporter un appareil photo, à pouvoir le toucher après la naissance. Cette fois, mon mari et moi, nous étions acteurs. Nous avons parlé au bébé pendant l'accouchement, nous lui avons dit que nous l'aimions mais que nous devions le laisser partir. Plus tard, nous avons pu passer 20 minutes avec lui, le prendre en photo...» Et puis Nathalie décide d'envoyer un faire-part à toutes ses connaissances. Elle y a inscrit les prénoms de ses deux autres bébés pour que tous trois existent enfin pour les autres : «Ça a été très libérateur. J'avais besoin d'une reconnaissance, besoin de faire comprendre que ce que j'avais vécu, ce n'était pas rien. » Nathalie avoue avoir souffert «pendant de longues années » suite à ces trois grossesses interrompues naturellement. «Mais j'étais apaisée. J'ai pu faire mon deuil .» Depuis, elle a adopté des enfants, mais elle s'est toujours battue pour que la législation évolue afin de permettre aux parents de mieux traverser un deuil périnatal.

Un danger pour le droit à l'avortement ?;
En rejoignant «L'enfant sans nom », elle a pu parler de ses différentes expériences. Sophie Helmlinger, présidente de l'association et psychologue, l'affirme haut et fort : «Selon les rites que l'on a faits autour de l'enfant que l'on a perdu, le travail de deuil peut se faire ou pas. » Inscrire son nom dans le livret de famille, pouvoir organiser des obsèques fait partie de ces rites libérateurs... Et ce qui n'était pas possible il y a encore quelques jours pour les ftus nés sans vie entre 16 et 22 semaines d'aménorrhée (absence de règles) est désormais envisageable grâce à deux décrets parus au Journal officiel. Une victoire pour les parents endeuillés en mal de reconnaissance. Une inquiétude pour ceux qui voient là un danger pour le droit à l'avortement. Un faux procès d'après la présidente de «L'enfant sans nom » : «L'interruption volontaire de grossesse est possible jusqu'à 14 semaines d'aménorrhée soit 12 semaines de grossesse. Nous ne cherchons pas à la remettre en cause, puisque les décrets s'appliquent à partir de 16 semaines d'aménorrhée et pas avant. Et nous, associations, nous ne demanderons pas au législateur d'aller plus loin. Ce qui vient d'être fait nous convient. Nous trouvions simplement injuste qu'un ftus né après 22 semaines puisse être reconnu et pas celui qui était né à 21 semaines et 5 jours. » Et Sophie Helmlinger de rajouter que si cette loi a vu le jour, c'est «grâce aux recours déposés par trois familles devant la cour de cassation. Sauf que la cour de cassation avait jugé qu'un ftus né sans vie pouvait être déclaré à l'Etat civil quel que soit son niveau de développement. Et nous avions dit que cela n'avait pas de sens !»
La loi va très certainement pouvoir s'appliquer rétroactivement. Ainsi, les trois bébés décédés de Nathalie pourront enfin figurer sur son livret de famille. Et s'inscrire enfin «dans la lignée familiale ».
Valérie Monin
(*) Prénom d'emprunt
«L'enfant sans nom », http://lenfantsansnom.free.fr, tel 03.85.48.50.04.