Au Parc

 

 

 

Les mamans parlent de leurs enfants. Au parc, à la sortie de l’école, lors de leurs sorties. C’est normal. Leurs enfants font partie de leur vie, ils prennent une place immense dans leur cœur, dans leur vie.

 

Moi je ne peux pas le faire. Mon enfant n’est plus, et aux yeux du monde extérieur, il n’a même jamais été.

 

Je n’en suis pas moins une maman, je pense néanmoins à mon enfant, sans doute autant que n’importe quelle maman, le matin au réveil, dans la journée, le soir en m’endormant. Je pense à lui lorsque j’aperçois un enfant dans la rue, je me demande s’il lui aurait ressemblé. Je pense à lui lorsque j’entre dans les boutiques de jouets, je me demande quel bonheur il aurait pu avoir à s’amuser avec celui-ci ou ceux-là. Mon cœur se serre quand j’entends un bébé pleurer. Je me demande quelle voix il aurait eu, s’il m’aurait assaillie de câlins, si son dynamisme ou sa sensibilité auraient fait ma fierté, je me demande à quoi aurait ressemblé son sourire…

 

Et ces pensées, je les garde pour moi.

 

Aux yeux du monde extérieur, je ne suis pas une maman. Je m’entends même parfois dire que « j’ai eu de la chance dans mon malheur », parce que je ne l’ai « pas connu ». A partir de quel âge un enfant peut-il manquer à ses parents ? Que faites-vous de cet enfant que j’ai imaginé pendant ces 9 mois, ou même pendant cette période où il n’était que désiré  et de tout ce temps qui me reste à vivre où je ne peux que l’imaginer ?

 

Passées les obsèques, le monde extérieur reprend sa vie. L’entourage se rappelle parfois de cet enfant qui n’est pas là, mais ne le mentionne pas, de peur de blesser, de peur de raviver une blessure trop douloureuse. Mais la blessure est là, quoi que vous disiez… et c’est justement en feignant de l’ignorer que vous me blessez.

 

Je rencontre parfois de jeunes mamans, qui me font comprendre plus ou moins ouvertement que je ne sais pas ce qu’est « être une maman ». Ce sont autant de coups de poignards que vous me donnez  là. Évidemment, je ne connais pas les aspects pratiques de la maternité, les nuits d’insomnies à bercer cet enfant qui pleure, le chamboulement de la vie quotidienne… Je donnerais tout pour connaître cela. Mais l’amour inconditionnel pour son enfant, la chair de notre chair, l’omniprésence de nos pensées tournées vers eux.

Si, cela , je connais.

 

Les gens extérieurs peuvent se demander ce qu’on trouve dans un groupe de paroles pour parents endeuillés. Ils s’imaginent peut-être que nous ne faisons que pleurer sur notre sort, se demandant même si cela peut être vraiment utile de se morfondre en groupe. A ceux-là , je réponds que dans ce groupe, je suis une maman, et reconnue comme telle. Dans ce groupe je peux parler de ce qui s’est passé après ma grossesse, de mon manque, de ma blessure, de mes pensées pour mon enfant, de la joie qu’aurait pu être de vieillir en m’inquiétant pour lui. Une fois de temps en temps, je suis au parc et je parle de mon enfant avec d'autres parents…

 

Aurore, maman d’Arthur

 

 

 

 

 

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